Sciences : Quelle est la mère de toutes les sciences ?

En 1687, Isaac Newton publie les Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, optant pour le mot ‘philosophie’ plutôt que ‘science’. La Royal Society de Londres, fondée en 1660, portait la devise ‘Nullius in verba’, marquant la défiance envers l’argument d’autorité.

L’usage du terme ‘science’ pour désigner l’ensemble des connaissances rationnelles n’apparaît en français qu’au XIXe siècle. Avant cette période, la distinction entre philosophie et sciences n’existait pas dans la langue courante, ni dans les universités.

Pourquoi la question de la “mère des sciences” fascine-t-elle depuis l’Antiquité ?

Depuis les premières heures de la pensée occidentale, une obsession perdure : celle de remonter aux origines, de traquer la racine de tout savoir. Aristote, pour qui la philosophie occupe la première place, n’a cessé de chercher les causes et les fondements de la nature. Il ne s’agissait pas simplement pour lui d’un jeu intellectuel : la philosophie, véritable architecte, a façonné la naissance de disciplines aujourd’hui reconnues comme indépendantes. Physique, logique ou médecine, toutes plongent leurs racines dans ce terreau commun.

L’histoire confirme cette filiation. Non contente d’interroger, la philosophie a accompagné l’émergence des sciences. Aristote invente la physique et la métaphysique en explorant l’être, le mouvement, la causalité. Descartes, bien plus tard, pose les bases de la méthode scientifique moderne en introduisant le doute, l’analyse, la rigueur rationnelle. D’âge en âge, la question de la « mère des sciences » agit comme un fil conducteur, révélant ce qui relie les grandes découvertes à leur socle théorique.

Pourquoi cette interrogation revient-elle sans cesse ? Parce qu’elle soulève des enjeux de légitimité, de hiérarchie, d’autonomie. Même lorsque les sciences se spécialisent, elles gardent en mémoire leur origine commune, tout en affirmant leur indépendance. Revenir à la philosophie mère de toutes les sciences, c’est revisiter l’histoire du doute, de la méthode, du sens. Un geste qui éclaire la place de la connaissance et la façon dont elle se construit.

Philosophie et sciences : une histoire de racines communes et de séparations progressives

Le lien entre philosophie et sciences n’est pas une simple parenté d’autrefois. Aristote, pionnier, a élaboré la physique et la métaphysique en ouvrant la voie à une pensée rationnelle qui irrigue encore nos recherches les plus actuelles. Des siècles plus loin, Descartes affine la méthode scientifique moderne et marque une étape dans l’organisation du savoir. L’histoire est jalonnée de ces dialogues, parfois intenses, parfois distendus, entre disciplines sœurs.

Voici quelques domaines où l’interaction entre philosophie et sciences demeure manifeste :

  • méthodologie scientifique
  • logique
  • philosophie du langage
  • éthique
  • sciences cognitives
  • informatique
  • médecine
  • littérature

Au XXe siècle, la philosophie analytique, emmenée par Wittgenstein et Frege, renouvelle la logique et interroge le langage. Karl Popper, quant à lui, introduit la falsifiabilité comme critère scientifique ; Thomas Kuhn, les paradigmes scientifiques. Ces apports redessinent les contours de la recherche, prouvent que la philosophie n’a rien perdu de sa capacité à questionner la science, à la pousser plus loin.

Aujourd’hui, chaque discipline trace sa voie, mais n’efface pas le souvenir de ses origines. Les méthodes propres à la science moderne s’appuient toujours, parfois sans le dire, sur des interrogations venues de la philosophie : qu’est-ce qu’une théorie scientifique ? Où s’arrêtent nos certitudes ? L’histoire des sciences se construit ainsi, entre analyse conceptuelle et expérimentation, héritage et invention.

La philosophie, fondement ou simple accompagnatrice de la démarche scientifique ?

La place réelle de la philosophie dans la recherche scientifique n’a rien d’abstrait. Pour Jehanne, étudiante à l’ICP, la philosophie permet de « vivre en adéquation avec la réalité », une boussole dans l’existence. Max, à Paris-Panthéon-Assas, suit la méthode de Marc de Launay et estime que la réflexion philosophique reste précieuse pour guider la science d’aujourd’hui. Ces témoignages illustrent la force d’un dialogue entre idées et découvertes concrètes.

Laure Solignac, vice-doyenne en philosophie, le rappelle : la discipline façonne un esprit d’analyse, utile dans les sciences humaines et sociales comme dans les sciences exactes. Savoir raisonner, interroger, argumenter, voilà des qualités recherchées aussi bien dans la recherche que dans la médecine ou les mathématiques.

L’échange entre philosophie et sciences ne relève donc pas du passé. Il structure la formation des nouvelles générations. En biologie, en médecine, en ingénierie, la réflexion philosophique affine la compréhension et nourrit la prise de recul face aux enjeux éthiques et aux innovations technologiques. Cette circulation entre disciplines témoigne de la vitalité d’un questionnement sans cesse renouvelé.

Groupe d

Ressources pour approfondir la réflexion sur les liens entre philosophie et sciences

Agathe Vidal incarne cette génération de penseurs qui explorent les frontières entre sciences et philosophie. Passée par Paris IV, Paris 8, les lycées, les prisons, le Genépi, ou encore le Connecticut, elle a fait de la transmission un fil conducteur. Sa trajectoire démontre que la philosophie irrigue tous les milieux : écoles, entreprises, lieux de détention, enfants neuro-atypiques.

Par ses initiatives, Philo And Co, l’Institut Cogito, le Collège des Savoirs, elle s’efforce de rendre la réflexion philosophique accessible à tous. Son approche puise dans la psychologie humaniste, les méthodes de Carl Rogers, mais aussi la linguistique, pour inventer des ateliers où la connaissance scientifique se frotte au scepticisme et au questionnement.

Pour aller plus loin, plusieurs pistes stimulent la réflexion :

  • Se manquer d’Agathe Vidal, qui propose une plongée vivante dans la pensée critique.
  • Le classique Le monde de Sophie, souvent à l’origine de vocations philosophiques.
  • Les ateliers de Philo And Co et de l’Institut Cogito, véritables lieux de rencontre entre chercheurs et philosophes.

La diversité des parcours et des initiatives rappelle que la philosophie reste, plus que jamais, un espace vivant où se croisent rigueur, imagination et dialogue. Entre questionnement et expérimentation, la réflexion ne s’arrête jamais : elle continue d’inspirer, de déranger, de bâtir des ponts inattendus.

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