Ce qui se cache derrière le calcul des chiffres du chômage

Une statistique isolée ne raconte jamais toute l’histoire. Le taux de chômage, affiché chaque mois par Pôle Emploi et chaque trimestre par l’INSEE, semble être un simple pourcentage. Pourtant, derrière cette apparente clarté, se cachent des méthodes de calcul, des catégories et une réalité bien plus nuancée.

Pour mieux comprendre le paysage du chômage en France, prendre du recul sur le système et ses rouages aide à cerner ses contours. Plusieurs sujets parallèles gravitent autour de l’assurance chômage et de Pôle Emploi. Ils donnent une vision élargie du terrain :

  • Accueil
  • Droit au chômage
  • Inscription Pôle Emploi
  • Salaire de référence quotidien
  • Attestation Pôle Emploi
  • Calcul des prestations de chômage
  • Durée de l’indemnisation
  • Période de voute
  • Calendrier de paiement

Les démarches liées à la recherche d’emploi prennent de multiples formes et suscitent pas mal de questions. Voici d’autres angles pour mieux appréhender le fonctionnement de Pôle Emploi :

  • Mise à jour du poteau de travail
  • Pause conventionnelle
  • Chômage et démission
  • Faute et chômage
  • Chômage à temps partiel
  • Poteau d’emploi des radiations
  • Contacter Pôle Emploi

Le taux de chômage est publié sur la base de deux sources officielles différentes.

Chaque mois, Pôle Emploi diffuse un nouveau chiffre. Exemple marquant : en mars 2015, une hausse de 0,5 % est relevée. De son côté, l’INSEE fournit une mise à jour chaque trimestre, et ces évaluations ne convergent pas forcément.

Derrière ces statistiques en apparence chiffrées et froides, que désignent-elles vraiment ? Sur quelles bases repose ce calcul ? Pourquoi les données divergent-elles d’un institut à l’autre ?

Pour décortiquer la question, trois axes méritent qu’on s’y penche précisément :

  • Les critères qui servent de base au taux de chômage
  • Le sens réel de ces chiffres
  • Les données concrètes sur le phénomène

Comment le taux de chômage est calculé : deux approches officielles

Avant d’aller plus loin, il convient de se demander ce qu’est exactement un chômeur. La définition varie nettement selon l’organisme qui en parle. Pour Pôle Emploi, comme pour la DARES, son partenaire statistique, la méthode diffère radicalement de celle de l’INSEE, qui se fonde sur les critères du Bureau international du Travail (OIT).

Les critères de Pôle Emploi

Pôle Emploi fait, chaque mois, le compte des personnes inscrites sur ses listes. Tous les inscrits, qu’ils soient en métropole ou dans les territoires ultramarins, perçoivent ou non une allocation.

Les chiffres communiqués ne retiennent qu’une partie des demandeurs d’emploi : la catégorie A. Les autres profils ne sont pas englobés dans ce décompte public.

Pour mieux comprendre ce classement, voici comment les demandeurs d’emploi sont répartis au sein de Pôle Emploi :

  • Catégorie A : personnes inscrites, sans aucun travail
  • Catégorie B : activité réduite (jusqu’à 78 heures par mois)
  • Catégorie C : activité réduite supérieure à 78 heures mensuelles
  • Catégorie D : dispensés temporairement de recherche (formation, arrêt maladie, stage…)
  • Catégorie E : personnes avec une activité contractuelle durable tout en demeurant inscrites

Apparaître dans les données de Pôle Emploi suppose d’avoir finalisé chaque étape d’inscription, de la préadmission à la validation.

Pôle Emploi, épaulé par la DARES, qui analyse pour le ministère du Travail,, publie ainsi chaque mois le nombre de demandeurs d’emploi reconnus formellement.

Le taux rapporté par Pôle Emploi porte exclusivement sur la catégorie A : strictement les personnes totalement privées d’activité, disponibles sur le marché du travail et officiellement inscrites.

Les critères de l’INSEE

L’INSEE livre tous les trois mois une analyse basée sur les conventions internationales de l’OIT. Cette méthode sert à comparer la France à d’autres pays sur la durée.

Pour être considéré comme chômeur selon l’OIT, il faut remplir trois conditions précises :

  • Sans emploi : être âgé d’au moins 15 ans et n’avoir travaillé aucune heure rémunérée lors de la semaine précédant l’enquête (hors congés courts).
  • Recherche active : avoir entrepris des démarches concrètes dans le mois précédent, ou déjà avoir décroché un emploi à débuter sous trois mois.
  • Disponibilité immédiate : être prêt à accepter un travail dans les quinze jours.

Chaque trimestre, l’INSEE interroge un large panel de Français en âge de travailler, plus de 15 ans, via un questionnaire exhaustif (environ 67 000 personnes sélectionnées sur 100 000 ménages). Dans les territoires d’outre-mer, l’opération a lieu une fois par an.

Selon la norme OIT, le fait d’être inscrit ou non à Pôle Emploi ne change rien. Une personne qui scrute les annonces sur des sites spécialisés, même sans inscription officielle, rejoint la catégorie chômeur.

Néanmoins, certains profils échappent à la statistique : ceux ayant travaillé ne serait-ce qu’une heure ou des personnes temporairement indisponibles (formation, maladie, stage, etc.) ne figurent pas dans ce comptage.

Au final, deux mondes coexistent : la statistique OIT de l’INSEE, qui embrasse une réalité plus large, et la lecture de Pôle Emploi, concentrée sur une fraction des demandeurs d’emploi.

À quoi correspondent les chiffres du chômage : les formules de calcul

Pourquoi les taux publiés diffèrent-ils chaque mois ou chaque trimestre selon la source ? Parce que la définition de « chômeur » évolue selon la méthode retenue.

Un exemple permet de saisir concrètement l’écart :

  • En octobre 2013, Pôle Emploi observe une baisse de 20 500 demandeurs d’emploi en catégorie A.
  • Au même moment, l’INSEE annonce une augmentation de 0,1 point du chômage entre les deuxième et troisième trimestres 2013, atteignant 10,5 % en métropole.

Petit rappel : en 1994 et 1997, le chômage en métropole avait déjà frôlé le seuil de 10,8 %.

À l’époque, le gouvernement célèbre le recul du nombre d’inscrits en catégorie A. Mais en parallèle, selon le prisme OIT, le chômage repart de plus belle.

La baisse communiquée par Pôle Emploi ne recouvre qu’une partie de la situation : seuls les inscrits en catégorie A sont concernés, laissant de côté toute une part du phénomène.

Si l’on s’en tient à la vision INSEE, le chômage progresse, car le champ couvert est plus large. En outre, le dispositif OIT exclut certains cas : ceux qui ont oeuvré, même brièvement, la semaine de l’enquête, ne figurent pas parmi les chômeurs suivant cette logique.

Chômage réel : la somme de tous les demandeurs d’emploi

Pour comprendre ce que vivent réellement les Français au chômage, il faudrait additionner toutes les catégories : A, B, C, D et E, sans oublier les départements et régions d’outre-mer.

À cela s’ajoutent des situations souvent invisibles : personnes radiées pour raison administrative ou chercheurs d’emploi qui ne se réinscrivent plus après la perte de leurs droits.

Regardons un cas concret datant de 2014 :

  • En comptant toutes les catégories de demandeurs d’emploi déclarés à Pôle Emploi (A à E), y compris les régions ultramarines, on dépasse alors les 6 millions de personnes concernées.

L’écart avec les chiffres officiels saute aux yeux, tant pour les observateurs que pour ceux qui cherchent effectivement un poste.

À la fin, ce taux de chômage n’est qu’une parcelle du tableau. Sous la précision des décimales et la froideur des courbes, il y a des histoires d’existence remises en jeu, parfois sans écho dans les cases administratives. La statistique pose un diagnostic, mais le quotidien de la recherche d’emploi conserve, lui, toute sa complexité fragile.

Ne manquez rien