Le salaire d’un neuropsychologue en France expliqué simplement

J’ ai pensé que je trouverais rapidement une réponse à cette question. Cependant, en réalité, il est beaucoup plus difficile de répondre à cette question qu’il n’y paraît. En fait, les statistiques ne sont pas assez précises et il y a un écart important entre les salaires théoriques et la réalité du revenu des psychologues.

Combien gagne un psychologue en 2021 ?

Statistiques peu fiables

Déterminer le salaire d’un psychologue en France relève presque de l’enquête. Les statistiques disponibles reposent sur des échantillons modestes et peinent à refléter la diversité des situations. Pour s’en faire une idée plus juste, il faut dépasser les chiffres officiels et explorer différentes sources.

Commençons par les données les plus fréquemment citées aujourd’hui.

Le salaire moyen est-il de 2550€ par mois ?

La plupart des sources évoquent un niveau de rémunération peu représentatif de la réalité terrain. D’après le site salairemoyen.com, qui s’appuie sur des chiffres de l’INSEE : un psychologue gagnerait en moyenne 2 550€ net par mois. Mais cette donnée provient de seulement 1 400 réponses, à comparer aux 74 000 psychologues exerçant en France. Ce chiffre est donc à prendre avec recul, d’autant que la plupart des sites officiels se contentent de données très approximatives.

Autres données statistiques

Pour mettre en perspective ces chiffres, d’autres sources proposent des éclairages complémentaires : offres d’emploi, enquêtes sectorielles et études sur des spécialités précises.

Offres d’emploi

Selon Indeed, qui s’appuie sur environ 1 300 offres publiées, la rémunération moyenne s’établit à 2 192€ net par mois, un niveau en deçà des données INSEE.

Rémunération en gérontologie

Une enquête spécifique sur les psychologues en gérontologie révèle des niveaux bien inférieurs : le salaire moyen ressort à 1 674€ net, avec des revenus variant de 500 à 2 600€. La répartition est large, certains touchant 500€, d’autres 2 500€.

Rémunération des neuropsychologues

Concernant les neuropsychologues, une enquête de référence indique un salaire moyen de 1 711€ net. Près de 13 % des répondants déclarent cependant un revenu inférieur à ce montant.

Ces chiffres, bien en dessous de ceux de l’INSEE, révèlent un net écart entre statistiques globales et réalité vécue. Comment expliquer ce décalage ? Il est probable que les chiffres officiels se concentrent sur les psychologues exerçant dans de grandes structures, alors que nombre de professionnels naviguent dans des contextes plus précaires.

Salaires pour les psychologues : grilles selon les postes

Pour se repérer, il existe des grilles salariales issues de différentes conventions collectives. Elles permettent d’estimer ce que gagne un psychologue à temps plein, en CDI, selon le secteur.

Néanmoins, il faut distinguer ces salaires de référence du revenu effectif perçu, comme on le verra plus loin.

Psychologues à l’hôpital et dans la fonction publique

Combien gagne un psychologue à l’hôpital et dans la fonction publique ?

Les psychologues du secteur public relèvent de trois fonctions : État, territoriale et hospitalière. Leurs grilles de rémunération reposent sur le grade et l’ancienneté. Un psychologue de catégorie A est soit en classe normale, soit en hors-classe. Voici les fourchettes appliquées :

Selon la classification :

  • En classe normale, salaire entre 1 818€ (échelon 1) et 3 314€ (échelon 11) par mois.
  • En hors-classe, rémunération entre 2 694€ (échelon 1) et 3 739€ (échelon 6).

Psychologues titulaires et psychologues en CDD

Attention, ces grilles concernent les titulaires. Or, beaucoup de psychologues sont recrutés en CDD, surtout dans la fonction publique hospitalière. Leur parcours et leur rémunération diffèrent nettement : certains décrochent un poste pérenne après quelques années, d’autres enchaînent les contrats courts, sans perspective de carrière stable.

Psychologue en institution ou association (conventions 66 ou 51)

Qu’en est-il des psychologues cliniciens en libéral ?

De nombreuses structures sociales ou médico-sociales sont gérées par des associations loi 1901 ou des organismes privés. Les psychologues y dépendent du droit privé, soumis à deux conventions majeures : celle de 1951 et celle de 1966.

Convention 51 : un psychologue débutant à temps plein perçoit 2 280€ par mois.

Convention 66 : la rémunération de départ avoisine 2 300€, pouvant atteindre 4 000€ en fin de carrière. Les salaires évoluent chaque année : +2 % par an pendant 20 ans, puis +1 % par an ensuite, soit environ 45€ d’augmentation annuelle sur les deux premières décennies.

Pour aller plus loin :

Les textes officiels sur le statut et la rémunération des psychologues en établissements privés sont consultables ici :, Convention collective nationale pour les établissements privés d’hospitalisation, soins, cure et garde à but non lucratif du 31 octobre 1951 (texte officiel), Convention collective nationale du 15 mars 1966 relative aux établissements et services pour personnes handicapées. Mise à jour au 15 septembre 1976.

Psychologues scolaires

Nombreux sont les psychologues employés par l’Éducation nationale. Autrefois conseillers d’orientation-psychologues, ils relèvent aujourd’hui du statut de « psychologue de l’Éducation nationale ». Ce métier qui paye bien attire ceux qui souhaitent s’engager dans l’éducation tout en bénéficiant d’un salaire stable. Fonctionnaires, leur rémunération dépend de leur grade et de leur ancienneté : entre 1 827€ brut en début de carrière et 3 153€ brut en fin de carrière (classe normale), jusqu’à 3 800€ brut hors classe à temps plein.

Psychologues libéraux

Près de 40 % des psychologues exercent à leur compte, au moins en partie. Les données disponibles restent rares. L’UNAA (Union nationale des associations agréées) évalue le revenu mensuel moyen à 1 564€ net, mais ce chiffre pourrait être surestimé. Avant de s’installer en libéral, mieux vaut réaliser ses propres projections.

Salaires théoriques et revenus réels

Si tous les psychologues percevaient les montants évoqués plus haut, la profession se porterait mieux. Mais la réalité est plus nuancée. Il faut distinguer :

  • Les salaires théoriques, c’est-à-dire le revenu d’un temps plein selon les grilles officielles.
  • Le revenu réel moyen, impacté par le temps partiel, l’instabilité des contrats et l’accès difficile à un emploi pérenne.

Ce décalage frappe surtout les jeunes diplômés, souvent confrontés à des débuts compliqués : contrats précaires, temps partiels subis, chômage plus fréquent que chez leurs aînés. À ce jour, aucune enquête exhaustive ne permet de dresser un tableau complet du marché de l’emploi pour les psychologues. Toutefois, plusieurs études convergent sur les tendances suivantes :

  • Analyses sur les débuts de carrière
  • Enquêtes menées auprès des psychologues en gérontologie
  • Études spécifiques aux neuropsychologues

Le salaire des jeunes professionnels

Les revenus des jeunes psychologues sont mieux documentés. Les universités et le ministère s’y intéressent de près, ce qui permet des suivis statistiques réguliers. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, un jeune psychologue gagne en moyenne 25 000€ bruts par an dix-huit mois après l’obtention de son diplôme, puis 26 500€ trente mois après. On parle donc de 1 560€ net par mois après un an et demi, et 1 650€ après trois ans. Les obstacles sont nombreux lors des premières années : chômage, temps partiel, contrats courts… Et cette précarité ne disparaît pas toujours avec l’expérience.

Facteurs qui pèsent sur le revenu des psychologues en France

Un statut souvent peu appliqué

La progression de carrière des psychologues s’avère souvent bloquée. Beaucoup d’employeurs ne respectent pas le déroulement prévu par les conventions collectives. D’après une enquête auprès des neuropsychologues :

  • Pour 37 % des postes, la rémunération n’évolue pas selon l’ancienneté
  • Postes et traitements parfois gelés

Fonction publique : le cas des non-titulaires

Le phénomène touche surtout la fonction publique : la majorité des psychologues publics ne sont pas titulaires, mais embauchés en CDD, notamment parmi les jeunes. Leur rémunération ne suit pas les grilles officielles. Une enquête en gérontologie montre que 70 % des psychologues du secteur public sont contractuels. Seul un tiers occupe un poste de titulaire et bénéficie du traitement associé.

Une précarité bien réelle

Un début de carrière marqué par les contrats précaires

Selon Benoît Schneider (2013), la stabilité met du temps à s’installer :

  • Un an et demi après le diplôme, à peine 53 % des jeunes psychologues ont décroché un emploi durable, les autres étant au chômage ou en CDD.
  • Un tiers ne trouvent pas de CDI trois ans après l’obtention du diplôme (contre 16 % chez les juristes, par exemple).

D’après une étude de 2011, seuls la moitié des postes proposés sont des CDI, et 39,4 % des CDD, dont 60 % de moins d’un an.

Le temps partiel omniprésent

Le monde du travail psychologique se caractérise aussi par la fréquence élevée du temps partiel. Beaucoup cumulent plusieurs postes ou associent exercice libéral et salariat. Les jeunes diplômés sont particulièrement concernés : selon le Ministère, 39 % travaillent à temps partiel un an et demi après leur diplôme, loin devant les diplômés d’autres filières (gestion, droit…).

Cette tendance s’observe dans toute la profession : une enquête en gérontologie rapporte que 41 % des psychologues interrogés exercent à temps partiel, 59 % à temps plein, mais beaucoup cumulent plusieurs petits temps partiels. Certains enchaînent les quotités réduites (10 %, 25 %, etc.) sans que ce soit un choix. Chez les neuropsychologues, 25 % ont deux postes, 7 % en occupent trois, et 33 % travaillent à temps partiel. Le temps partiel n’est donc pas réservé aux débuts de carrière, il concerne plus du tiers de la profession.

Un chômage élevé malgré le niveau d’études

Périodes de chômage fréquentes

Le nombre élevé de psychologues formés chaque année en France se traduit par un accès à l’emploi difficile. Le chômage touche particulièrement les jeunes (15 % trois ans après le diplôme en 2011), mais reste sensible tout au long de la carrière. Une enquête en gérontologie indique que 45 % des psychologues interrogés ont connu au moins dix mois sans emploi.

Un nombre disproportionné de psychologues formés

Ce chômage et le recours au temps partiel se comprennent en regard du nombre de diplômés formés en France. Le marché est saturé, mais les universités continuent d’augmenter les effectifs. En 2016, on comptait 56 000 psychologues enregistrés, 74 000 en 2020, une hausse de 33 % en quatre ans. À titre de comparaison, les infirmiers, orthophonistes ou médecins connaissent des taux de chômage proches de zéro, principalement en raison de quotas stricts à l’entrée de la formation.

La formation de trop nombreux psychologues crée donc une concurrence féroce et pèse lourdement sur les conditions d’exercice.

Panorama des salaires

Au vu de l’ensemble des données réunies, on peut avancer plusieurs repères sur la rémunération des psychologues en France :

  • Le salaire oscille fortement, de 500€ à 4 000€ selon la situation.
  • Un jeune diplômé touche en moyenne 1 500€ net par mois.
  • En milieu de carrière, ceux qui décrochent un CDI à temps plein dans le secteur public peuvent atteindre environ 2 500€.
  • En réalité, compte tenu de la précarité et du temps partiel, la majorité perçoit entre 1 800€ et 2 000€ net.

À l’arrivée, le salaire d’un neuropsychologue, ou d’un psychologue tout court, en France, c’est l’histoire d’un chiffre qui n’est jamais le même deux fois. Entre conventions collectives, statuts en pointillés et défis du marché, chaque parcours trace sa propre trajectoire. Ceux qui rêvaient d’une sécurité linéaire devront composer avec la réalité mouvante du secteur. La question n’est donc pas seulement de savoir combien gagne un psychologue, mais ce que chacun est prêt à affronter pour exercer ce métier, au cœur d’une profession en perpétuelle recomposition.

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